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Assurance chômage : La super réforme de Macron est loin d'être financée


Le financement de cette réforme reste incertain et l’équilibre à long terme repose exclusivement sur le redressement du marché de l’emploi. Un pari risqué, qui s’il est perdu pourrait se traduire par une diminution des droits des chômeurs, une hausse des cotisations employeurs voire de la CSG.

On en parle moins que la réforme du code du travail, mais la refonte de l’assurance chômage sera l’un des autres chantiers majeurs de ce début de quinquennat. Pour résumer, Emmanuel Macron compte faire en sorte que l’Etat reprenne la main sur ce régime (actuellement géré par les partenaires sociaux) et qu’on l’ouvre aux démissionnaires (qui pourraient en bénéficier tous les 5 ans), ainsi qu’aux indépendants.

Un beau projet, mais dont le financement reste incertain. Certes, sur le papier, les équipes d’Emmanuel Macron ont tout prévu : l’ouverture des indépendants est censé coûter 1 milliard d’euros, celles aux démissionnaires, 1,5 milliard. Tout cela serait financé par une intensification des contrôles de l’effectivité des recherches d’emploi (1 milliard d’euros d’économies), l’augmentation de l’âge permettant de bénéficier de 36 mois d’indemnisation maximum (500 millions), ainsi qu’un tour de vis pour stopper la multiplication des contrats précaires (1,5 milliard).

Sauf que ces chiffrages prêtent à débat. L’évaluation du coût de l’ouverture des droits à tous, par exemple, est rendue difficile par l’impossibilité de mesurer précisément les potentiels effets d’aubaine. Signe de cette incertitude, l’Institut montaigne a estimé à 2,7 milliards d’euros l’ouverture des droits aux démissionnaires et 2,1 milliards celle aux indépendants. Soit près de 2 fois plus que l’estimation des équipes de Macron...

Quant aux recettes censées financer ces réformes, là aussi le flou règne. Car certaines mesures envisagées ont déjà été, en partie, prises dans le cadre de la nouvelle convention d’assurance chômage, tirée de l’accord trouvé par les partenaires sociaux en mars dernier, qui entrera en vigueur en octobre. Ainsi, l’âge permettant de bénéficier de 36 mois d’indemnisation a été porté de 50 à 55 ans, alors que les équipes de Macron voulaient le faire passer à 57 ans. Idem pour les contrats précaires, les règles de calcul de l’indemnisation ayant été ajustées. Sans même parler des très hypothétiques économies générées par les contrôles accrus.

A plus long terme, il faudra aussi combler le trou de l’assurance chômage. L’Unédic anticipe en effet que les déficits persisteront au moins jusqu’en 2020 (même s’ils sont amenés à se réduire) et que la dette totale atteindra, à cet horizon… 39,1 milliards d’euros ! C’est pour cela qu’Emmanuel Macron a annoncé 10 milliards d’euros d’économies par an. Comment ? Tout simplement… en faisant baisser le niveau du chômage à 7% d’ici 2022, ce qui diminuerait mécaniquement les prestations versées. Un objectif ambitieux : il n’est pas redescendu à ce niveau depuis la mi-2008.

Si ce pari de la baisse du chômage est perdu, que l’ouverture des droits au chômage à tous se révèle plus coûteuse que prévu ou que les nouvelles recettes sont insuffisantes, il faudra trouver de nouvelles pistes de financement. Cela pourrait passer par une réduction des droits des chômeurs, par une hausse des cotisations versées par l’employeur… voire une augmentation de la CSG, sur laquelle reposera bientôt une partie du financement de l’assurance chômage.

C’est en effet le dernier volet de cette réforme : Emmanuel Macron compte supprimer les cotisations salariales sur le chômage et la maladie, et financer tout cela par une hausse de 1,7 point de la CSG. Au-delà des effets sur le pouvoir d’achat (positif pour la plupart des salariés, négatif pour les retraités aisés, comme nous l’avons déjà détaillé), ce mouvement préfigure un éloignement de la logique assurantielle du système (dans lequel les indemnisations dépendent des cotisées versées). Ce qui fait courir le risque d’une diminution, à terme, des indemnités chômage, en particulier pour les cadres, selon certains experts, tels Olivier Passet, de Xerfi. Même si Emmanuel Macron assurait dans son programme que les allocations chômage ne seraient pas touchées, ce sera un point à surveiller de près…





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