Il refait le coup de l'assurance chômage»: le précédent qui avait échaudé les syndicats

Le gouvernement avait proposé de donner davantage de pouvoir décisionnaire aux partenaires sociaux pour cette réforme, il y a six mois.

Échaudés par le précédent de la réforme de l'assurance chômage où les contraintes imposées par l'exécutif ont selon eux fait échouer la négociation, laissant les mains libres à l'exécutif, les partenaires sociaux craignent un bis repetita sur les retraites.

«On nous fera pas deux fois le coup de l'assurance chômage», avait lancé le secrétaire général de la CFDT Laurent Berger, au lendemain des annonces d'Edouard Philippe le 11 décembre, lorsque celui-ci avait, entre autres, proposé de confier la gouvernance du futur système de retraites aux partenaires sociaux.

Petit retour en arrière.

En septembre 2018, le gouvernement annonce la couleur aux organisations syndicales et patronales, leur demandant de se mettre autour d'une table pour réécrire de nouvelles règles d'assurance chômage. La feuille de route délivrée par l'exécutif est la suivante: dégager plus de 3 milliards d'euros d'économies sur trois ans, et enrayer l'explosion des contrats courts.

Syndicats et patronat acceptent de jouer le jeu de la négociation, même si dès le départ certains ne cachent pas, en coulisses, que l'équation est quasi impossible. Quelques mois plus tard, c'est la chronique annoncée d'un échec.

Les syndicats ne veulent pas endosser autant d'économies «sur le dos des demandeurs d'emplois» et un accord sur un «bonus-malus» -- c'est-à-dire une modulation des cotisations en fonction des fins de contrats -- est une nouvelle fois impossible à trouver avec le Medef.

«On est dans un drôle de système! Chaque jour dans le pays, on dit ''corps intermédiaires, démocratie territoriale, démocratie sociale, laissez-nous faire''. Et quand on donne la main, on dit ''mon bon monsieur, c'est dur, reprenez-la''», avait commenté Emmanuel Macron. Syndicats et le Medef y ont vu une provocation.

L'Etat reprend la main pour la première fois depuis 1982, et change les règles du régime. Les détails sont annoncés en juillet 2019: durcissement des conditions d'accès et changement des règles d'indemnisation, unanimement dénoncés par les syndicats.

Sur toutes les ondes, Laurent Berger dénonce une des réformes sociales «les plus dures depuis 25 ans», une «tuerie» qui va jeter des demandeurs d'emplois dans la pauvreté. La première batterie de mesures est déjà entrée en vigueur au 1er novembre, la deuxième le sera en avril.

Alors, six mois après, FO et la CGT craignent un nouveau piège. «En fixant des objectifs d'économie aux ''partenaires sociaux'', il refait le coup de l'assurance chômage. Au final, c'est le gouvernement qui décidera, y compris par ordonnances, comme le stipule le courrier», a réagi la CGT samedi après le courrier envoyé par le Premier ministre proposant aux partenaires sociaux de plancher sur des solutions d'ici fin avril.

«Moi j'ai le sentiment qu'on est en train de nous refaire le mauvais scénario de l'assurance chômage», critique ainsi le numéro un de FO, Yves Veyrier. De son côté, la CFDT a accepté de s'engager dans le processus.





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