Les radiations à Pôle Emploi expliquent-elles la baisse du chômage?

Alors que Pôle Emploi a annoncé une baisse du nombre de chômeurs pour 2019, de nombreuses voix s'élèvent pour dénoncer des radiations en masse. Qu'en est-il vraiment?

Le chômage baisse-t-il vraiment en France? Oui selon Pôle Emploi qui a annoncé ce lundi une diminution de 3% du nombre de demandeurs d'emplois (catégories A, B et C) pour l'année 2019. Mais cette annonce a suscité de nombreuses réactions dénonçant des chiffres truqués et une propagande du gouvernement. En cause: les radiations de Pôle Emploi qui expliqueraient principalement la baisse du nombre de demandeurs d'emplois.

Et il est vrai qu'à regarder les chiffres, une coïncidence peut jeter le trouble. En 2019, le nombre de demandeurs d'emplois a chuté de 176.000. Or cette même année, le nombre de radiations administratives s'est établi à... 176.600 selon les données de la Dares.

450.000 ont retrouvé un travail

Sauf que le raisonnement ne tient pas. Le nombre de chômeurs est un flux de personnes qui y entrent et qui en sortent. Ainsi, si le nombre de demandeurs d'emplois s'établit à 5,740 millions de personnes au quatrième trimestre, ce sont en réalité 2,139 millions de personnes qui sont sorties de Pôle Emploi dans l'année et un peu moins de 2 millions qui s'y sont inscrits.

Et parmi ces 2,139 millions, 450.000 ont bel et bien retrouvé un emploi. Le nombre de ces chômeurs ayant retrouvé un emploi est en croissance: ils étaient 426.000 en 2018 et 427.000 en 2017


Un taux de radiations en baisse


Mais si le nombre de personnes qui ont retrouvé un emploi progresse, il ne représente effectivement que 20% des 2,139 millions de sorties de Pôle Emploi en 2019.

Qui sont donc ceux qui ne sont plus comptabilisés comme demandeurs d'emplois mais qui n'en ont pas pour autant trouvé? Il s'agit des personnes qui sont entrées en stage (233.000 personnes), celles qui ont arrêté de chercher (182.000 personnes), celles qui n'ont pas actualisé leur situation (926.000 personnes) et enfin celles qui ont été radiées (176.600 personnes).

Ce qui fait dire à certaines personnes, notamment sur les réseaux sociaux, que les radiations seraient à l'origine de la diminution du nombre de demandeurs d'emplois. Comme ce tweet relayé plus de 3700 fois.

Qu'en est-il réellement? D'abord, Pôle Emploi a toujours radié des demandeurs d'emplois. Mais ce nombre de radiés a plutôt tendance à diminuer depuis 2016 (malgré une légère augmentation en 2019) comme vous pouvez le voir sur ces données de la Dares:


La part des radiés dans le nombre total des sorties de Pôle Emploi est quant elle tombée à son plus bas niveau en 2019. Elle représentait 8,2% sur l'ensemble de l'année dernière contre 8,4% en 2018, 9,2% en 2017 ou encore 9,1% en 2016.

Difficile donc d'imputer aux radiations la baisse du nombre de demandeurs d'emplois en 2019, alors qu'elles ont même tendance à légèrement diminuer.

"Pas une société privée" selon Pôle Emploi

Sur Twitter pourtant certains dénoncent la politique de Pôle Emploi qui ferait appel à des sociétés privées, chargées d'envoyer des questionnaires aux demandeurs d'emplois. En l'absence de réponse, ces personnes seraient alors radiées d'office. Joint par BFMTV, Pôle Emploi dément toutefois cette affirmation:


"Un questionnaire est effectivement envoyé aux demandeurs d'emplois mais ce n'est en aucun cas une entreprise privée à qui on déléguerait le contrôle de la recherche d'emplois, assure-t-on du côté de l'agence. Il s'agit d'établir un bilan de la recherche d'emplois qui a pour but de redynamiser le chercheur d'emploi. Mais si ce document est mal rempli, le conseiller prend contact avec la personne, il ne va pas le radier comme ça sans le prévenir."


Le questionnaire demande au chercheur d'emploi où il en est de sa recherche de sa recherche, quelles sont les démarches engagées ainsi que de transmettre les documents justifiant ses affirmations.


L'absence de réponse à ce questionnaire peut effectivement constituer un manquement susceptible d'être sanctionné par Pôle Emploi d'une radiation. Une sanction qui entraîne l'impossibilité pour l’intéressé de se réinscrire sur la liste des demandeurs d’emploi pendant toute la durée de la radiation.

Il y a plusieurs degrés de radiation en fonction du nombre de manquements, comme le détaille Pôle Emploi sur son site. Elles vont d'un mois de radiation sans suppression de l'allocation chômage (pour une absence à un rendez-vous) à quatre mois avec suppression de l'allocation à partir du troisième rendez-vous manqué. En cas de fausse déclaration concernant sa situation, le manquement peut être sanctionné d'une radiation et d'une suppression de l'allocation pour une durée de deux à six mois.


L'essentiel des radiations (71%) concernent toutefois un refus de se rendre à une convocation. Mais comme le rappelle Pôle Emploi, "le but n'est pas de sanctionner les personnes, mais de les remettre en emploi". Les personnes menacées de radiation reçoivent au préalable un avertissement. Ils ont alors 10 jours pour y répondre et faire valoir leurs arguments.


Frédéric BIANCHI