Assurance chômage : cette lourde facture laissée par les travailleurs frontaliers

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Les travailleurs frontaliers coûtent de plus en plus cher à la France. En 2018, l’assurance chômage française leur a versé plus de 922 millions d’euros.

922,2 millions d’euros ! C’est la somme versée aux travailleurs frontaliers par l’assurance chômage française en 2018, selon le rapport statistique annuel que vient de publier le Cleiss (Centre des liaisons européennes et internationales de Sécurité sociale). C’est 1,3 million d’euros de plus qu’un an plus tôt. Suisse, Luxembourg, Allemagne, Belgique, Espagne… voici les 5 pays de prédilection des travailleurs frontaliers qui coûtent le plus cher à la France. Avec la Suisse en tête.

En 2018, on recensait un peu moins de 42.000 bénéficiaires des allocations chômage ayant travaillé en Suisse. La France a ainsi versé 682,9 millions d’euros de prestations au titre de l’assurance chômage rien que pour les frontaliers ayant travaillé en Suisse. Problème : un travailleur frontalier français cotise dans l’État où il travaille. Or si le travailleur frontalier se retrouve au chômage, il perçoit son indemnisation de la part de la France, où il bénéficie d’ailleurs des mêmes droits qu’un travailleur ayant exercé son activité dans l’Hexagone.

Un déficit de 771,2 millions d’euros pour la France

Par la suite, l’État où il exerçait son activité ne rembourse à la France qu’une partie des allocations versées. Ainsi, en 2018, la France n’a récupéré que 151 millions d’euros de remboursements de la part des pays frontaliers. Avec 922,2 millions d’euros versés par l’assurance chômage, cette dernière a donc enregistré un déficit de… 771,2 millions d’euros* ! Autrement dit, les travailleurs frontaliers ont coûté 771,2 millions d'euros à l'assurance chômage en 2018.

Et ce déficit n’a cessé de croître ces dernières années. D’abord parce que les montants des indemnités chômage versées aux travailleurs frontaliers augmentent. Mais aussi parce que les sommes récupérées auprès des pays frontaliers baissent de manière significative. Ainsi, en 2017, le déficit de l’assurance chômage était de 711,6 millions d’euros (209,3 millions d’euros remboursés par les pays frontaliers, contre 920,9 millions d’euros versés par la France au titre de l’assurance chômage).

 


Face à ces inégalités, la Commission européenne a proposé en décembre 2016 que ce soit le pays d’emploi qui indemnise les travailleurs frontaliers, et non le pays de résidence. Sauf qu’en décembre 2018, le Parlement européen a voté, quant à lui, une mesure permettant au travailleur frontalier de toujours s’affilier au pays dans lequel il vit. Un accord entre la Commission, le Parlement et le Conseil européens devait être trouvé en mars 2019. Mais il n’a jamais été adopté, faute de majorité qualifiée au Conseil. Affaire à suivre…

* 151 millions - 922,2 millions = 771,2 millions d’euros



SARAH ASALI