Pourquoi le durcissement des conditions d’accès à Pôle emploi n’explique pas la baisse du chômage annoncée par l’Insee

L’Insee a annoncé une baisse du taux de chômage en France au 4e trimestre 2019. Certaines critiques y voient une conséquence des conditions d’indemnisation désormais plus strictes à Pôle emploi. On vous explique pourquoi c’est faux.

L’Insee a annoncé, jeudi 13 février, que le taux de chômage a baissé au 4e trimestre de l'année dernière pour s'établir à 8,1% de la population active (département d'outre-mer inclus, hors Mayotte), soit 85 000 chômeurs en moins sur cette période. Un taux à son plus bas niveau depuis fin 2008 mais qui reste au dessus de la moyenne des pays occidentaux. Selon l’institut, il y a 2,4 millions de chômeurs aujourd’hui en France au sens du Bureau international du Travail.

Certaines critiques, notamment sur les réseaux sociaux, assurent que les radiations ou encore les conditions d’indemnisation plus strictes à Pôle emploi sont les raisons de cette baisse. Le Vrai du faux vous explique pourquoi c’est faux.

♦ Parce que l’Insee et Pôle emploi mesurent des indicateurs différents

D’abord, l’Insee et Pôle emploi ne mesurent pas les mêmes choses : l’Insee établit un taux de chômage là où Pôle emploi compte les demandeurs d’emploi, c’est-à-dire toutes les personnes inscrites sur ses listes (qu’elles touchent ou non des indemnités). Pour établir ses données, Pôle emploi se base donc sur des inscriptions administratives. Pour l’Insee c’est différent. Pour établir ce taux de chômage, l’institut mène une enquête trimestrielle auprès d’un panel de personnes. Près de 100 000 personnes de 15 ans ou plus sont soumises à un questionnaire. Il s’agit donc d’un échantillon. La méthode de l’enquête est définie par le Bureau international du travail (BIT), un organisme international. La plupart des pays se basent sur ces normes pour comparer leurs taux.

Les deux organismes ne fournissent donc pas les mêmes indications sur le chômage et n'ont pas les mêmes objectifs. Le taux de chômage de l’Insee ne prend pas en compte les données de Pôle emploi.

♦ Parce que l’Insee et Pôle emploi n’ont pas la même définition d'une personne au chômage

À Pôle emploi, les demandeurs d’emploi sont enregistrés dans différentes catégories en fonction de leur disponibilité, du type de contrat recherché et du temps de travail souhaité. Les personnes non rémunérées sont aussi comptabilisées comme demandeurs d’emploi, tant qu'elles restent inscrites. Les personnes radiées font l’objet d’un comptage à part. Dans l’enquête de l’Insee, pour être pris en compte comme chômeur, toute personne en âge de travailler doit répondre à trois critères : elle ne doit pas avoir travaillé du tout au cours d’une semaine spécifique, elle doit avoir effectué des démarches actives de recherche d’emploi et être disponible pour travailler dans les deux semaines qui viennent.

Qu’il s’agisse des personnes inscrites (indemnisées ou non) ou des personnes radiées de Pôle emploi, ces critères ne sont pas pris en compte par l’Insee. Une personne au chômage au sens du BIT n'est donc pas forcément une personne inscrite à Pôle Emploi, et inversement. Un chômeur sur cinq au sens du BIT se déclare d’ailleurs comme étant non inscrit à Pôle emploi, rappelle Benoît Ourliac, de la direction générale de l’Insee. Sur le blog de l'Insee, ce dernier prend l’exemple des jeunes qui ne s’inscrivent pas à Pôle emploi car ils ne peuvent prétendre à une indemnisation.

♦ Parce que selon l’Insee le taux de chômage baisse depuis 2015

La réforme de l’assurance-chômage a durci les conditions d’accès et d’indemnisation à Pôle emploi, ce qui pour certains est la vraie raison, la raison cachée, de cette baisse du chômage. La réforme est entrée en vigueur vendredi 1er novembre 2019. Or la baisse du taux de chômage selon l’Insee est plus ancienne. Sur le site de l’institut de statistiques, malgré quelques fluctuations, on observe depuis plusieurs années une baisse de ce taux de chômage. Depuis 2015, le taux de chômage est passé de 10,5% de la population active au 2e trimestre 2015, à 9,5% au 3e trimestre 2017 puis à 8,8% au 4e trimestre 2018 pour s'établir à 8,1% au 4e trimestre 2019.