Carnet de bord d'un conseiller de Pôle emploi #8 : histoire d'enfants gâtés

David Balcain est conseiller Pôle emploi dans le nord de la France. Au « Point », il raconte son quotidien, entre excès de bureaucratie et cruelles réalités.

Comment ramener vers l'emploi un demandeur d'emploi (DE) qui n'a pas travaillé depuis de longues années ? Par la formation, évidemment. D'abord, celle-ci va lui redonner un « cadre », l'obliger à quitter son domicile tôt le matin, à se « resocialiser » au sein d'un groupe. Puis, dans un deuxième temps, la formation va lui permettre d'acquérir les compétences nécessaires pour retrouver un emploi. Enfin, elle va lui consentir de retrouver une confiance en lui bien souvent perdue depuis longtemps.

Mais lorsque le conseiller Pôle emploi propose à un DE de suivre une formation, il se heurte très souvent à des barrières – conscientes ou inconscientes. Ainsi, souvent, la première question qui m'est posée par un DE lorsque je lui propose une formation est : « C'est où ? » ; la deuxième : « Combien je vais être payé ? » et la troisième : « Combien de temps ça va durer ? ». Les questions concernant la qualité de la formation, ses débouchés, son intérêt ne sont pas posées alors que ce sont à mon sens les plus importantes.

Emplois peu qualifiés

Un comportement d'enfants gâtés. Car, en théorie, qui peut trouver à redire à une formation qui ne vous coûte rien, qui vous rémunère et qui peut vous aider dans votre parcours professionnel ? Les objections sont pourtant toujours les mêmes, récurrentes : « C'est trop loin, je ne pourrai pas récupérer mes enfants à l'heure » ; « Trouvez-moi un travail » ; « Je n'ai pas envie de retourner à l'école, ça ne va rien m'apporter » ; « Je suis trop vieux » ; « Je n'ai pas de voiture » ; etc.

C'est pour toutes ces « raisons » qu'à Pôle emploi, nous avons beaucoup de difficultés à constituer des groupes pour des formations. Conséquence : elles sont annulées. Souvent, ce sont les formations conduisant à des emplois peu qualifiés qui manquent de candidats. Et pourtant, elles assurent quasiment à 100 % un contrat de travail à l'issue de la formation. Bien sûr, ce ne sont pas des secteurs très « sexy », mais ils manquent cruellement de main-d'œuvre : aide aux personnes, nettoyage et hygiène. Cherchez l'erreur... Alors, pourquoi ne pas lier l'indemnisation chômage à l'obligation de suivre une formation dans un secteur porteur ?

Choc culturel

Et pourquoi ne pas, aussi, contraindre un DE qui ne maîtrise pas les savoirs de base, lire et écrire par exemple, à suivre une formation de mise à niveau ? Les cas sont nombreux, et ces DE sont écartés des formations. Comment un DE, illettré ou analphabète, peut-il postuler pour devenir agent d'entretien, sans pouvoir lire les consignes, les dosages des produits ?

Par ailleurs, beaucoup de formations sont aujourd'hui « polluées » par des comportements agressifs et asociaux de DE. Imaginez une formation de quatre mois, conducteur d'engins, par exemple, qui réunit douze DE en situation difficile et précaire, de tous horizons. Un baril de poudre. Avec le scénario presque parfait pour un remake de Douze hommes en colère, qui se termine parfois en bagarre. Cela arrive plus souvent que l'on pense. Bienvenue dans la formation pour adultes.

Que de difficultés à surmonter pour mettre en œuvre des formations efficaces, voire vitales au XXIe siècle. Selon moi, pour réussir la réforme en cours, il ne faudra pas oublier la dimension « culturelle », en promouvant le goût de l'effort et en y associant la vieille forteresse de l'Éducation nationale.

 

PAR DAVID BALCAIN (AVEC BEATRICE PARRINO)



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